Bonhomme Bâtiment

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Entreprise familiale drômoise fondée en 1963, Bonhomme Bâtiment a fait de la construction métallique et de la rénovation ses marques de fabrique. Sur le segment logistique, ce contractant général du quart sud-est revendique un positionnement de niche : des plateformes de taille intermédiaire, des chantiers techniques ou contraints, et une conviction affirmée autour du réemploi de l’acier. Rencontre autour d’un modèle qui place la décarbonation au cœur de sa stratégie.

Pour comprendre le positionnement de Bonhomme Bâtiment, il faut remonter à ses origines agricoles. Fondée en 1963 par Maurice Bonhomme et installée à Montélier, dans la Drôme, l’entreprise débute comme atelier de mécanique agricole avant de basculer assez rapidement vers la construction de bâtiments en charpente métallique. Le tournant s’opère dans les années 1980-1990, lorsque la deuxième génération rejoint le fondateur, développe l’activité de construction métallique, puis endosse le rôle de contractant général. L’entreprise est aujourd’hui portée par la troisième génération et compte environ 130 collaborateurs, répartis sur deux entités : une centaine de personnes travaillent sur les métiers du métal, une trentaine sur le contractant général. Le tout s’inscrit dans un ensemble plus large, le Groupe Bonhomme, qui revendique 240 collaborateurs et 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, et dont le pôle construction-rénovation articule trois métiers : construction métallique, rénovation-réhabilitation, et contractant général.

Un ancrage territorial et un créneau intermédiaire

Le premier trait d’identité de l’entreprise tient à son ancrage géographique, revendiqué comme un facteur différenciant. « On travaille essentiellement sur le grand quart sud-est de la France », résume notre interlocuteur, un territoire large qui couvre Auvergne-Rhône-Alpes, PACA et Occitanie. Des incursions hors de cette zone ont bien eu lieu — en région parisienne, du côté du Havre ou dans le Sud-Ouest — mais elles relèvent toujours de l’accompagnement de clients réguliers : l’entreprise ne prospecte pas de nouveaux comptes sur ces secteurs éloignés.

Le second trait tient à la taille des projets. Bonhomme Bâtiment assume de ne pas courir après les mégaplateformes. « On n’a jamais fait de très grandes plateformes de 40 000, 50 000 ou 60 000 mètres carrés ; on fait plutôt des surfaces intermédiaires », explique l’entreprise. Le cœur de cible se situe entre 5 000 et 15 000 mètres carrés, avec des incursions vers de plus petites plateformes de stockage de 2 000 à 3 000 mètres carrés. C’est sur cette fourchette que la pertinence est jugée maximale, « parce que l’intégration dans le site est primordiale », notamment au regard des typologies de foncier disponibles sur le territoire du grand sud-est. À l’intérieur de ce créneau, le positionnement se veut résolument technique :

« Notre créneau de base est plutôt sur la partie technique, sur les opérations un peu plus pointues », précise-t-on. Grosses congélations, entrepôts sous froid positif et froid négatif, rénovations lourdes, démolitions et dépollutions figurent parmi les savoir-faire mis en avant.

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Le métal intégré, clé de la réactivité

Si le contractant général constitue la porte d’entrée sur les projets logistiques, l’atout technique de Bonhomme Bâtiment réside dans l’intégration complète des métiers du métal. « Toute la partie métallique est intégrée chez nous : nous avons nos équipes de pose, notre fabrication et notre bureau d’études », détaille l’entreprise. Cette organisation, avec sa centaine de personnes dédiées aux métiers de l’acier, se traduit par un gain de maîtrise sur les projets les plus exigeants — sujets de messagerie traités en charpente, grandes portées, grosses rénovations. « Cela nous permet d’être très pertinents, très réactifs, et de maîtriser la spécificité du projet », fait-on valoir. L’entreprise est par ailleurs certifiée EN 1090-1, en classe d’exécution EXC 3, gage de qualité sur les structures métalliques.

Le matériau n’est toutefois pas systématique. « La charpente métallique se prête aux typologies de messagerie ou de stockage particulier, mais, la plupart du temps, on est aussi en charpente béton », nuance l’entreprise, qui étudie au cas par cas la solution acier ou béton la mieux adaptée aux contraintes du client. C’est en rénovation que la casquette de charpentier métallique s’exprime le plus nettement : « Il y a un sujet que l’on travaille beaucoup en logistique, c’est la rénovation, notamment les toitures. » Sur ce terrain, l’entreprise a mené de grosses réfections de couverture, venant renforcer des charpentes béton avec des éléments métalliques — un mélange des deux métiers qui lui permet de se positionner sur des marchés que peu d’acteurs savent adresser.

Des chantiers techniques et contraints

Plusieurs réalisations illustrent ce positionnement. La plus emblématique est sans doute la plateforme du Groupe La Poste à Valence, sur laquelle Bonhomme Bâtiment est intervenu en tant que contractant général. Le chantier, mené sur un ancien site industriel Safran situé non pas en cœur de ville mais en première périphérie, à proximité immédiate d’habitations, a d’abord imposé une phase de déconstruction et de dépollution avant la reconstruction. « Le site n’est pas en cœur de ville mais en première périphérie, avec des habitations à côté ; il a fallu travailler l’organisation du chantier pour minimiser les gênes du voisinage », se souvient l’entreprise, évoquant le traitement des poussières et des rotations de camions. Pour tenir des délais serrés, les équipes ont même engagé la construction en parallèle de la dépollution : « On a commencé à construire avant même que les conditions de dépollution soient totalement finies. » L’opération, d’environ 11 000 mètres carrés, a été conduite pour le compte d’un promoteur, Getamax Transactions, en partenariat avec Poste Immobilier ; le bâtiment, aux normes environnementales HQE, a été livré début 2024 après six mois de déconstruction et douze mois de travaux.

Autre chantier de référence, l’usine du constructeur de voitures sans permis Aixam, à Andancette, dans la Drôme, où Bonhomme Bâtiment est également intervenu comme contractant général. Ce bâtiment industriel d’environ 17 000 mètres carrés, mêlant zones de production et flux logistiques, a été réalisé en charpente béton et acier, dans le respect des normes ICPE. Le secteur du transport frigorifique fournit d’autres exemples. Pour Transport Valence Europe, à Portes-lès-Valence, client de longue date, l’entreprise a traité un bâtiment combinant froid positif et froid négatif, avec une cellule de congélation de l’ordre de 5 000 à 6 000 mètres carrés — un chantier technique par nature. Bonhomme Bâtiment cite encore une plateforme d’environ 6 000 mètres carrés réalisée pour Transport Martin, en zone industrielle et sous contraintes ICPE.

Décarbonation : le réemploi de l’acier au cœur de la démarche

Sujet devenu incontournable, la décarbonation traverse l’ensemble de la stratégie. Elle passe d’abord par le réemploi des matériaux, que l’entreprise dit proposer de façon systématique. « C’est quelque chose que l’on pose systématiquement dans nos dossiers, auprès des clients : le réemploi de matériaux », affirme-t-elle. Le chantier de La Poste en offre une illustration : les gravats de démolition ont été intégralement recyclés sur place pour servir de matériaux inertes. Mais c’est surtout sur la charpente métallique que la démarche prend toute son ampleur. « On va démonter une partie de bâtiment chez un client — un auvent, par exemple —, la récupérer, puis la revaloriser sur un autre chantier », explique l’entreprise. Repeints, retraités, remesurés, ces éléments réemployés se fondent dans la nouvelle construction sans se distinguer, dans le respect des réglementations en vigueur ; la difficulté résidant surtout dans la capacité à démonter proprement les pièces pour les réimplanter ailleurs.

Cette philosophie s’appuie sur une conviction : l’acier est un matériau vertueux à l’échelle de son cycle de vie. « La charpente métallique est extrêmement énergivore à la création, mais elle est recyclable à l’infini », plaide notre interlocuteur. « Dans une poutrelle, on a entre 60 et 80 % d’acier qui a déjà été recyclé une première fois. » Là où un poteau bois est broyé ou brûlé, l’acier se refond et se réutilise presque indéfiniment. Un atout que l’entreprise juge insuffisamment reconnu dans les méthodes de comptabilité carbone : « C’est le seul matériau réutilisable quasiment à l’infini, mais cette fin de vie par réutilisation n’est pas forcément prise en compte dans son bilan carbone. »

Cette orientation s’inscrit dans une démarche formalisée à l’échelle de l’entreprise. Bonhomme Bâtiment a réalisé un premier bilan carbone en 2023 à partir des données 2022 et s’est engagée dans le programme « ACT Pas à Pas » de l’ADEME, avec des jalons fixés à 2025, 2030 et 2050. L’entreprise a reçu en janvier un Diplôme d’Honneur pour les constructeurs bas carbone dans le cadre de l’initiative IMPACTA, et a mobilisé ses équipes autour d’ateliers Fresque du Climat. Parmi les leviers opérationnels déployés figurent l’intégration de 3 500 mètres carrés de panneaux photovoltaïques sur une toiture existante, le tri et le recyclage continus des déchets de chantier, ou encore une orientation vers le réemploi menée en lien avec le CTICM, le Centre technique industriel de la construction métallique. Le renfort de charpente destiné à accueillir du solaire en toiture illustre bien ce positionnement : l’opération conduite pour Sogaris à Mions, dans l’agglomération lyonnaise, a ainsi mobilisé 118 tonnes de renforts métalliques sur trois bâtiments existants en béton, afin de permettre l’installation de panneaux photovoltaïques sans reconstruction.

La maturité du marché en question

Reste que la démarche se heurte à la maturité inégale du marché. Dans la logistique, l’entreprise observe un décalage récurrent entre – sans trop caricaturer – celui qui paie et celui qui décide. « Le payeur et le décideur, ce n’est pas toujours son sujet », résume-t-on chez Bonhomme, en pointant le rôle des promoteurs et investisseurs, mus par une logique économique. La commande environnementale s’exprime alors le plus souvent au travers de labels : « Leur volonté, souvent, c’est de dire : je veux tel label, le BREEAM ou le HQE, et que cela rentre en ligne de compte. » Dès lors qu’elle satisfait au niveau de certification visé, la conformité suffit généralement. « Quand on propose des éléments qui vont plus loin, l’interlocuteur peut être à l’écoute… mais de façon assez marginale », regrette l’entreprise. Le principal enjeu est donc, pour elle, de sensibiliser des donneurs d’ordre qui ne réclament pas spontanément une démarche bas carbone au-delà du cadre réglementaire.

Des perspectives fidèles à l’ADN maison

Troisième génération aux commandes, l’entreprise assume une trajectoire de continuité. Après une clientèle historique d’artisans, puis de PME, elle entend rester fidèle à une typologie de clients de type PME et ETI, avec ponctuellement une dimension plus institutionnelle. La raison en est assumée : « Notre approche de proximité, d’accompagnement et de conseil est plus adaptée à une typologie PME, ETI qu’aux grands groupes », pour lesquels la relation obéit à d’autres logiques. Or ces projets s’inscrivent dans le temps long. « On rentre un client pour la première fois et le chantier peut se dérouler sur 24 mois, parfois plus : c’est une relation longue », souligne l’entreprise, qui voit dans cet accompagnement dans la durée l’un des motifs de fidélité de ses clients.

Sur le plan du développement logistique, le cap est clair : pas de course aux plateformes XXL, « parce que d’autres savent très bien le faire », mais une consolidation sur les projets intermédiaires, techniques, et sur la rénovation, dans le quart sud-est de prédilection. Une orientation que l’entreprise communique depuis trois à quatre ans, mais qui, dit-elle, correspond à une identité ancienne : « Cela a toujours fait partie de l’ADN de l’entreprise : faire avec ce qui existe, être sur la technique et sur la rénovation, plutôt que de construire systématiquement du neuf. » Une manière de rappeler que, pour ce contractant général drômois, la sobriété n’est pas seulement un argument commercial, mais une conviction de longue date, à laquelle la logistique offre aujourd’hui un terrain d’expression privilégié.